|
|
-
André Cruchaga
-
Traducción al francés:
Danièle Trottier,
-
-
L'oiseau
dans le temps
-
- “Encerradas
en un invernadero
bajo el cristal, las flores olvidan
que la luz existe
y cómo temblaban bajo el rocío
- ¡Como
huelen las alas del tiempo!”
- Constantin
Cavafis
-
Ne serait-ce que parce que je suis l'hôte
-
De cités lacustres
impossibles,
-
De vols insondables,
-
Ou d'aventures aveugles.
-
Ne suis-je pas aussi le témoin
-
Des feux qui jonglent avec la fortune
-
Para réaviver la semence des rêves.
-
-
Ce règne se pare de mousse y de vif-argent.
-
-
Ses dents sont plus obscures
-
Que la cendre
-
Et la destinée de la faim.
-
Plus petites que ce petit
-
Pays
-
Grisonnant par tant d'audace
-
Et équivoques.
-
Après tout,
-
La mémoire, ouverte sur le futur,
-
se souviendra-t-elle
-
Des variétés
-
Du chameau passant
-
Par la chas d'une aiguille,
-
Ou le miroir aveugle calquant la nuit
-
Et le sel
profond
-
Des dons du mystère.
-
-
Le temps a la senteur des sons!
-
-
Résidus de squelettes
-
Dégorgeoirs écumeux comme prisons
-
Ailes qui frappent les pores
-
Végétation qui s'éveille
-
Avec des excréments
-
Empreintes insolentes
-
Mer de fourmis
-
Absurdes bonbonnes de combustible
-
Grignotant le cou des jours.
-
-
-
-
Images
d'urgence
-
-
Les années ont passé
-
On sent l'étiage
-
Des mers sur l'écume
-
De ces eaux enfuies
-
Ces ombres dans les pages de la peau
-
Images d'urgence
-
Échouées au quai des lèvres
-
Sans se dire
-
Sans se prononcer
-
Toujours de retour
-
Comme des morceaux de papier
-
En hiver
-
De minuit
-
-
Les jours passent aussi
-
Ouvrant de vieilles blessures
-
Et entendant tomber
- Le squelette
des multiples horloges
-
-
Les fantômes crient
-
Accrochés au chapeau
-
Des étoiles
-
La lune urine de travers
-
Les rues
-
Où habitent les choses posthumes
-
Et les dimanches mordent les poches
-
Comme les yeux qui pendent
-
Du ciel
-
Tel un éclair
-
-
Les heures passent
-
Avec leurs tombeaux de fumée
-
Et les cages avec les mandibules
-
Rigides
des corps:
-
Pupilles acides
-
Joues qui ne crient plus
-
Vertèbres qui soutiennent les aiguilles
-
De la patrie
-
De l'histoire
-
Siècle nocturne aux cavaliers
-
Fissurés
-
Et armures qui saignent
- À
chaque galop
-
Là où le mal incube
-
Et châtre les illusions
-
-
Les esprits dansent dans le sang
-
Et noient leurs gestes
-
Dans les cerfs
-
Les rivières ruissellent d'oiseaux morts
-
Jours sans orgueil
-
Où le deuil
-
Sème des comètes de cours d'eau
-
Et les ombres resplandissent
-
Comme une «forêt bleue»
-
-
Les minutes entre-temps
-
Chantent a capella
-
Le do ré mi
-
Contre un feuillage de mouches.
-
-
-
-
-
Agenda
de l'abîme
-
-
Temps de chant
-
Sans les chants
-
Ni en rêve
-
Avec brio de feu
-
Sans lune
-
Plus que la marée étourdie
-
Du grincement de la terre
-
-
Si loin de la vie
-
Et si près du sel des blessures
-
Sans réponses
-
Plus que les os froids
-
Sur les lèvres du vent
-
- À
la fin des temps les mots
-
Tombent lentement
-
Échos des nuits blanches
-
La vague dans la mer grandiloquente
-
Nuit incertaine
-
Sourde
-
Ombre du hasard
-
Soif des mortes pénombres
-
Blessures de cendres
-
Sur le bien
-
Sur le mal
-
Sur l'indifférence
-
-
Après tout
-
Cimetière des semailles
-
Croix qui pleure dans les pupilles
-
Délires de rancune
-
Le même sang
-
Le bâillon de la brume
-
L'équipage des rêveries de l'homme
-
Le sel éternel des éclipses
-
L'ombre des dieux
-
En d'obscurs miroirs
-
-
Je vide le vide du temps
-
Obscurité du début à la fin
-
Moisson nocturne d'oiseaux
-
Le brevage de la mort
-
-
Dans la
rosée
-
Écho de la bise
-
Mesure solitaire du désir
-
-
Par la mémoire
-
Qui suit la piste des cendres
-
Et nous concède les sphères du martyr
-
-
Instrument creux
-
-
Où commencent les orifices errants
-
Des égouts
-
-
Bûcher qui nous laisse
-
Une vide tranquillité
-
De métal masqué
-
-
Perplexité marmoréenne de la lune
-
Alambique pétrifié
-
Dans la furtivité des rugueuses toiles d'araignée
-
Rêve qui ne voit
-
—scorie de papillons
-
Par le ferment de la terreur—
-
Que dans les langues de la vase
-
Où les yeux sans orbites
-
Dévorent d'angoissés candélabres.
-
-
-
-
-
Ma folie
-
-
-
-
Mejor una
jungla en la cabeza
-
Que hormigón
sin raíces.
-
Mejor
sentirse perplejo
-
Ante la
tortuosa calle de las luciérnagas.
-
Derek
Walcott
-
-
-
Entre
l'air qui déchausse
-
Les oiseaux
-
La vie et la mort
-
Choses fondamentales
-
Le fond de Dieu qui devine
-
La toile des abîmes
-
Sans y penser
-
Homme dans le noir
-
Oiseau migratoire qui glisse
-
Vers le bas
-
Vers le haut
-
Tout comme l'horizon
-
Sans personne dans les empreintes
-
De ses mains
-
-
Clarté au milieu des absences
-
Espaces des spectres que l'oeil ne perçoit pas
-
-
La vie dans son étui
-
La nuit dans son suaire
-
Toutes deux oubliées
-
Par la brume
-
-
Tout cela forme l'intime rêverie
-
Fixée aux poches
-
Dans les ficelles
-
Des sourcils
-
Ou dans le chemin que parcourent les souvenirs
-
Quand l'étonnement
-
S'arc-boute
-
Fatigué de vivre
-
-
Cette bruine de savon dans les airs
-
Qui soudain disperse
-
Des bulles dans le visage
-
Et tombe ensuite dans le trou de la nuit
-
Là où il n'y a que des tables sans chaises
-
-
Quais sans navires
-
Jours inexistants
-
-
Parfois on veut se palper
-
-
Les frissons sursautent
-
-
On est un dépôt extrinsèque
-
Reflet de quelque chose
-
De pénombres errantes
-
D'îles
-
De retours
-
De corps qui jouent à être eux-mêmes
-
Je ne sais pas si de Dieu
-
-
On est l'autre
-
L'autre version de l'absent
-
Tulle d'eau qui s'infiltre
-
Comme s'il était vivant
-
Parmi les branches dégarnies
-
Aériennes
-
Nous nous lançons parfois
-
Au jeu soudain de l'oubli
-
Et nous nous tatouons la peau
-
Avec des pinceaux éthérés
-
-
Le temps nous fait mal
-
Les spasmes d'éléphant de ses pas
-
Les pierres qui nous excèdent
-
Le solliloque avec Dieu
-
Nous pensons à cheminer
-
Le sentier se trouve toujours
-
Au bord du vide
-
Dessiné par la pensée
-
-
Le chemin est ce feu
-
Calciné
-
Qui rêve d'oubli.
-
-
-
-
-
Signes
de l'arcane
-
-
De
farouches liquides se diluent
-
Dans
des échos souterrains
-
Pour
dire qu'ici
-
Nous
nous retrouvons
-
Dans
l'habit de la nuit.
-
Maintenant, dénudé et seul,
-
Je
pense aux trains…
-
À ces
fugitifs dormeurs
-
Qui
te font sursauter
-
Avec
leur rire squelettique
-
À ces
êtres durs
-
Qui
te surprennent
-
Avec
leur promesse inaccomplie.
-
Je
pense aux trains démodés
-
Et
décrépits;
dans les yeux
-
Convulsés qui
regardent le monde
-
Sans chemin
-
Avec
les écailles
-
D'un
temps brûlé
-
Par
ce fragile miroir
-
De
chaque jour
-
Qui nous afflige,
-
Jusqu'à estomper la verrerie
-
De
la pudeur.
-
Personne ne m'a vu parmi les feuilles
-
D'antiques mondes
-
Cette
blessure du pressentiment
-
Qui
nous fait voir,
-
Comme le suicidaire
-
À
travers les lucarnes
-
Et les barreaux.
-
Même
à cela j'ai une prédilection
-
Pour
les distances
et les trains:
-
Le
lointain a toujours le goût
-
Des
papillons
-
Et de l'humide feuillage.
|
|